03 janvier 2012

La cloche de l'église des Salles-Lavauguyon

Après 150 ans de bons et loyaux services, la cloche, paroissiale et communale, de l'église des Salles-Lavauguyon commençait à présenter quelques signes de déficience mécanique et sonore.

Cloche lors de sa dépose
Ceux-ci se manifestaient entre autre par une usure de la cloche sur sa face intérieure, provoquée par les coups répétés du battant lors de la sonnerie des heures et de celles des cérémonies. Le son un peu « fêlé » de cette cloche annonçait la présence de quelques fissures qui risquaient de lui être à la longue fatales.

Afin d’apporter les réparations et renforcements nécessaires à prolonger sa vie et son usage il était impératif de la déposer, c'est-à-dire de la démonter de son support en charpente et de la descendre du clocher en la faisant passer par l’orifice aménagé au centre de la coupole par les bâtisseurs.

Cette opération délicate de démontage et de transport a été effectuée par les soins des techniciens de la fonderie Bodet. Ainsi, pour la première fois, depuis sa fabrication en 1861, la cloche des Salles-Lavauguyon quitta, par la force des choses, son emplacement d’origine pour s’en aller, non pas à Rome mais entre Nantes et Angers, à Trémentines au sud de la Loire, où l’attendaient les spécialistes de la soudure de cloches et les fondeurs qui devaient lui administrer une cure de jouvence bien méritée.

Comme nous venons de le voir, la cloche de l'église des Salles-Lavauguyon date de 1861, mais cette fabrication n’était pas la première fonte de cloche qu’avait connu le sanctuaire paroissial, puisque la fonte celle-ci, au Second-Empire, avait consisté en une refonte du bourdon précédent.


Battant de la cloche
 lors de la dépose
La cloche des Salles-Lavauguyon porte sur l'extérieur plusieurs inscriptions et illustrations qui permettent d’éclairer ses origines. La série d’inscriptions a été réalisée sur trois bandeaux qui se succèdent sur sa partie supérieure. Il est intéressant de noter que le fondeur de cloche de l'époque avait visiblement des difficultés pour respecter l'orthographe et le positionnement des lettres du texte, ce qui explique les doublures et les quelques inversions de caractères.

La première ligne de la dédicace se lit à partir d'une main stylisée dont l'index désigne la première lettre du texte. Cette main symbolise la main divine, telle qu’on peut la voir également représentée dans les fresques du 12e siècle qui ornent les murs de l’église prieurale des Salles-Lavauguyon, ce qui prouve une continuité dans l’utilisation des symboles chrétiens au travers des siècles, puisque près de 600 ans séparent les fresques romanes et la cloche de 1861.

L’épigraphe est composée en lettres majuscules de type romain et se déchiffre comme ceci  : « REEFONDUE EN 1861 Mrs JH FAURE MAIRE ET Ld VERNADEAU CURE », une simple croix stylisée est intercalée dans le texte qui continu en précisant, « PARRAIN Mr L DELACROIX DE FLAVILLE ». Cette première ligne se termine sur son point de départ, c'est-à-dire le poignet de la main stylisée.
Epitaphe et mains stylisées
Le deuxième bandeau du texte se lit, tout comme le premier, à partir d'une main symbolique identique à la précédente : « REPRESENTE PAR Mr SON BEAU FRERE FERNAND DE CHASSAYS », un petit espace cette précision de la partie suivante du texte, « MRARAINE Melle BERTHE FAURE REPREESENTEE ». Cette seconde ligne de l’épigraphe se termine de la même façon que celle qui la précède.

Le troisième et dernier bandeau de l’inscription se lit comme les deux précédents à partir d'une main stylisée, le texte se poursuivant ainsi : « PAR Mme Fse LONGEAU LAGRANGE SA GRAND MERE ». Cette dernière partie de la citation se termine sans signe particulier, et  ne fait pas non plus le tour complet de la cloche comme les lignes de texte précédentes, puisqu’un intervalle important sépare la lettre E de la main stylisée.

La base de la cloche est ornée sur une face par une représentation symbolique d’un Christ en croix. Cette représentation du Christ surmonte l’inscription : "MARTIN FONDEUR".


La Vierge à l’enfant (Marie tenant Jésus dans ses bras)
Sur l’autre face de la cloche se trouve une représentation stylisée d’une Vierge à l’enfant (Marie tenant Jésus dans ses bras). Ceci s'explique par la Dédicace de l'église des Salles-Lavauguyon à Marie de Nazareth, mère de Jésus-Christ.

Un exercice de transcription de l’épitaphe semble s’imposer pour en faciliter la lecture, voici donc ce que le texte nous apprend : « Refondue en 1861, Messieurs  Joseph Faure, maire, et Léonard Vernadeau, curé ; Parrain Monsieur Léonard Delacroix de Flaville, représenté par son beau frère Fernand de Chassays ; Marraine Mademoiselle Berthe Faure, représentée par Madame Françoise Longeau Lagrange, sa grand-mère ».

Monsieur Joseph FAURE, fut maire des Salles-Lavauguyon pendant trois mandats. Il figure avec certitude sur les registres des mariages, décès et naissances en tant que maire et officier de l'Etat Civil en 1854, 1855 et 1861, l’année de la refonte de la cloche.

Pendant le Second-Empire, sous la constitution en vigueur entre 1852 et 1870, bien que les conseils municipaux soient élus au suffrage universel, conformément aux dispositions de la loi sur l’organisation municipale votée le 5 mai 1855, les maires des communes de moins de 3000 habitants, étaient nommés par le préfet.

Epitaphe et croix stylisée
Léonard VERNADEAU, avait été ordonné curé des Salles-Lavauguyon en 1860, il était donc prêtre de la paroisse des Salles-Lavauguyon depuis près d’un an lors de la refonte de la cloche en 1861. Il  officiera pendant plus de quarante ans dans cette même paroisse, jusqu'à son décès survenu le 16 janvier 1905, à l’âge de 85 ans. Ce prêtre, regretté de ses paroissiens et de ses amis, avait redonné un élan incontestable à sa paroisse.

Le curé VERNADEAU fut vraisemblablement à l’origine de la décision de refonder la cloche du sanctuaire paroissial des Salles-Lavauguyon. Il devait exercer son sacerdoce sous le Régime du Concordat de 1801, qui régissait les relations officielles entre l’État français et l’Église catholique au 19e siècle, mais il ne connu pas l’application des dispositions de la Loi de séparation des Églises et de l'État, votée le 9 décembre 1905, moins d’une année après son décès, sa tombe se trouve aujourd’hui encore au centre du cimetière communal.

Le parrain de la cloche, M. Louis de LACROIX de FLAVILLE, était lors du baptême de celle-ci représenté par son beau-frère M. Louis-Fernand de CHASSAYS. Ce dernier, gros propriétaire terrien, résidait au château du Poirier, situé dans la commune de Verneuil (Charente), limitrophe de celle des Salles-Lavauguyon.

Stylisation d'un Christ en croix
sur la base de la cloche
La marraine, Mlle Marie Antoinette Berthe FAURE, était lors du baptême de la cloche, représentée par Marie Rose Albertine Françoise CHEMISON de RECOUDERT, épouse de M. Francois Felix LONGEAUD La GRANGE, originaires d’Oradour-sur-Vayres. Le fondeur de cloche n’a retenu que le prénom usuel de Mme LONGEAUD La GRANGE.

Mlle Marie Antoinette Berthe FAURE, née en 1843 à Chabanais (Charente), était la fille du maire des Salles-Lavauguyon, M. Joseph FAURE, et de Mme Marie LONGEAUD La GRANGE, née à Oradour-sur-Vayres le 31 mai 1821 et décédée en 1852. Mlle Berthe FAURE, âgée de 18ans,  était donc orpheline de sa mère au moment de la refonte et de baptême de la cloche de 1861. Elle devait épouser, le 15 juin 1865, M. Juste Emile De FRUMINI DUROUSSEAU, elle est décédée en 1873.

Le rituel catholique ne parle officiellement que de la "Bénédiction" de la cloche.
La cérémonie de bénédiction de la cloche était présidée par l'évêque ou son représentant, en présence des autorités locales, ainsi que des parrain et marraine, souvent entourés par la foule des fidèles.
Suspendue à un chevalet en bois placé dans le chœur de l'église, la cloche, recouverte d'une robe en étoffe blanche, était une première fois bénie par l'officiant.
Celui-ci appliquait ensuite une onction avec le saint chrême (huile servant pour le baptême) à l'intérieur et à l'extérieur de la cloche.
Après une nouvelle bénédiction, il la faisait sonner à trois reprises, suivi par les parrains, marraine et fondeur. La "voix" de la cloche se faisait alors entendre de tous pour la première fois.
Pour finir, l'ascension de la cloche dans le clocher ajoutait un caractère spectaculaire à l'événement. Remarquons ici que l'orifice aménagé au sommet de la coupole du clocher de l'église des Salles laisse passer la cloche avec exactitude.

La cloche avant son
départ pour la fonderie
La réfection de la cloche des Salles-Lavauguyon en 2011 n’aura pas fait l’objet de nouvelle inscription, mais une plaque commémorative de l’évènement devrait être apposée dans le clocher.

Après sa réparation dans l'usine de la Fonderie Bodet, à Trémentines, dans le Maine et Loire, la cloche de l'église des Salles-Lavauguyon est revenue prendre sa place dans le clocher ou elle égrène à nouveau les heures avec un son ragaillardi qui sonne presque joyeusement dans ce début de la nouvelle année 2012.

Si nous voulons croire les affirmations des techniciens de l’usine Bodet, cette cloche rendra encore longtemps le service des heures et des cérémonies, puisqu’ils garantissent que les réparations et renforcements effectués teindrons pendant le double de temps que la refonte précédente. Mais ce sont seulement les générations futures qui pourront l’affirmer, car les habitants actuels du bourg et de la commune des Salles-Lavauguyon auront bien avant été salués solennellement, une dernière fois, par leur fidèle cloche.

02 novembre 2011

Redécouvrir la sculpture sur pierre : petit " rhombicuboctaèdre " ...

Le travail de sculpteur remonte à la nuit des temps, déjà nos lointains ancêtres des différentes époques préhistoriques s'étaient essayés à la taille de la pierre, leur réalisations se retrouvent principalement sur les parois des abris sous roches ou sur des blocs de calcaires proches de leur habitat.

Edouard dans l'atelier de La Haye
La sculpture en général fut sublimée pendant l'antiquité et les bâtisseurs romains, héritiers de nombreuses traditions issues du bassin méditerranéen, ont transmis leur savoir faire, au travers de leurs monuments, aux tailleurs de pierre du Moyen-âge, sans parler des artistes d'autres cultures et d'autres continents qui ont également atteint des prestations égales et quelques fois supérieures à celles de leurs homologues européens.

Bien que les pierres naturelles relativement dures, issues des gisements proches des monuments érigés sur le socle granitique Limousin, ne se soient pas prêtées au façonnage de sculptures élaborés, certains maîtres d'œuvre n'ont pas hésités à incorporer des blocs de calcaire dans l'architecture de leurs édifices.
Cette adaptation fut souvent utilisée afin de permettre la réalisation de frises ornées et de bas reliefs évocateurs de la vie des saints personnages, mis en exergue par la liturgie ou la tradition populaire limousine.

Essayer de comprendre les bâtisseurs et sculpteurs antiques, romans et gothiques, ne pouvait se faire sans aborder le sujet par une démarche personnelle, ni s'en s'employer à maîtriser l'art de l'utilisation des ciseaux et du maillet de sculpteur.

octaèdre chanfreiné
Si votre serviteur n'en est pas tout à fait à un coup d'essaie, force est de devoir admettre que ma dernière tentative remontait à longtemps, c'est pourquoi j'avais quelques appréhensions lorsque je décidais de reprendre mes outils de tailleur de pierre.
Voila maintenant trois années (je devrais dire saisons) consécutives, que je m'emploie dans mon temps libre à redécouvrir les gestes du sculpteur et du tailleur de pierre en particulier, bien que je me sois essayé entre temps à l'art du modelage.
La taille de la pierre est un enrichissement incroyable, c'est un peu comme si l'on revenait aux sources de l'expression artistique et architecturale !

ébauche du polyèdre
Je travaille actuellement sur ma troisième réalisation. Celle-ci est proche dans son esprit de l'art des bâtisseurs transmis par les compagnons sculpteurs, pendant tout le Moyen-âge et même par ceux de la Renaissance et d'expressions artistiques plus proches de nous, tel le cubisme.

L'idée fondamentale, ayant guidée l'élaboration de cette œuvre, fut celle de réaliser une figure géométrique rappelant les dodécaèdres utilisés de manière symbolique dans la sculpture et l'architecture.

Je suis parti d’un bloc de Pierre de Lens, qui est un calcaire oolithique miliaire formé il y a 115 millions d'années, au Crétacé inférieur, extrait d'une carrière de pierre proche de Nîmes dans le Gard, dont l’exploitation historique remonte à la période romaine.
Ce bloc de relativement grandes dimensions, puisqu'il formait à l'origine un parallélépipède rectangle de 40 cm sur 40 cm à sa base, haut de 60 cm, pesait aussi un poids respectable, dépassant les 200 Kg.

La Pierre de Lens a été utilisé pour des constructions et sculptures à Nîmes, Carcassonne, Montpellier, Perpignan, ainsi que pour beaucoup de monuments antiques du sud de l’hexagone.

l'ouvrage avance
J’ai finalement décidé de confectionner un petit rhombicuboctaèdre, c'est-à-dire un polyèdre convexe semi-régulier, fortement symétrique, composé de huit faces triangulaires, dix-huit faces carrées et 24 sommets identiques, avec un triangle et trois carrés s'y rencontrant, tel que l'on peut le voir dans une version imprimée de la Divine Proportion de Léonard de Vinci.

L'idée initiale était de poser cette figure géométrique sur un socle carré, auquel elle sera réunie par un petit pilastre, formant partie intégrante de l’œuvre, puisque sculpté dans un même bloc de pierre.

Le travail préparatoire à d'abord consisté à tracer l'ébauche qui est très vite apparue être une figure complexe. Ceci m'a permis de constater qu'il fallait rester modeste et que seuls les plus grands avaient réussi à dessiner ou réaliser ce type de figure géométrique à trois dimensions, aux prix d'un grand effort de précision.
découpe avant finition
Puis à commencer l'ouvrage consistant à faire sortir le polyèdre de sa gangue de pierre. Un travail de découpe avec une grande scie à pierre et à la taille de certaines parties avec les ciseaux à pierre ou burins et le maillet en bois ou en métal, complété par la finition réalisée avec la râpe et le rifloir à pierre.

Il faudra encore de nombreuses soirées de labeur intensif avant d'arriver à former l’œuvre finale, mais chaque étape de la sculpture en gestation mérite d'être observée et même méditée.

C'est pourquoi j'ai cru bon, en hommage aux sculpteurs du temps jadis, de vous faire partager l'excitation du modeste sculpteur que je suis, qui ne peux que s'essayer à imiter modestement ses pairs !

21 octobre 2011

L'énigme de la disparition du cloitre des Salles

Le samedi 27 août de cette année 2011, Frère Édouard des Salles avait invité les passionnées à une découverte nocturne des secrets de la prieurale et du prieuré des Salles-Lavauguyon, situé à l'ouest de Limousin dans l'ancienne paroisse des Salles.

Cet éminent monument, de même que ses annexes, ne livre ses mystères qu'avec parcimonie et il faut bien toute la perspicacité de votre serviteur, aidé de quelques amis et des documents d'archives pour découvrir les évènements cachés de son histoire.

L'une des ces énigmes est liée à l'histoire du cloitre aujourd'hui disparu.













Pendant très longtemps les architectes spécialistes des bâtiments historiques, les historiens locaux et la tradition populaire récente ont cru que sa destruction remontait à l'écroulement de la flèche du clocher au environ de l'an 1800, pourtant il s'avère qu'il n'en est rien et qu'il faut remonter beaucoup plus loin dans l'histoire pour en connaitre la cause, car celle-ci est directement lié à la Réforme religieuse introduite en France à l'époque de la Renaissance.

La plupart d'entre nous on entendu parler des Guerres de Religion, mais peu savent qu'elles furent la conséquence d'une grande crise religieuse qui au XVIème siècle vint ébranler l’unité de l’Eglise catholique.

Suite principalement à la propagation des idées du théologien allemand Martin Luther et du traité de Jean Calvin, homme de lettres et théologien français, des foyers de réforme théologique avaient fait leur apparition un peu partout en Europe occidentale.

Entre 1533 et 1535, Jean Calvin, l'un des principaux acteurs de la Réforme religieuse, qui était protégé par Marguerite d’Angoulême (la sœur du roi François Ier et l'épouse d’Henri II de Navarre), avait séjourné à plusieurs reprises à Angoulême et dans les alentours, où il rédigea la plus grande partie de son œuvre réformatrice "L’Institution Chrétienne" (cet ouvrage devait paraître en 1535 à Bâle).

Les adeptes de la réforme protestante sont mentionnés une première fois en 1533, sous le nom de "luthériens" dans la ville de Limoges même, mais les tentatives d’installer le Culte Réformé dans la capitale de la province de Limousin rencontrèrent une forte résistance de la part des Consuls et de l'Evêque.

Dans la province voisine de l'Angoumois les réformés se manifestèrent pour la première fois en 1545, dans la ville de La Rochefoucauld.

Contrairement au Limousin où la noblesse était réticente à accepter les nouvelles idées religieuses, il en fut tout autre en Angoumois et la conversion de quelques grands seigneurs, tel François III de La Rochefoucauld (qui fut assassiné le 24 août 1572, à Paris, lors du Massacre de la Saint-Barthélemy) ou Léonor Chabot, troisième baron de Jarnac (qui avait adhéré au protestantisme en 1561), fut accompagnée par celle d'une grande partie de la population de cette province.

Bien qu'ils n'aient pu former un foyer de la Réforme digne de ce nom à Limoges, les réformés limousins constituèrent une importante communauté protestante dans la Vicomté de Rochechouart, à l'ouest du Limousin et aux limites du Poitou, de l'Angoumois et du Périgord.

La Réforme protestante avait prit pied à Rochechouart vers 1558-1559 et elle y fit de rapides progrès, cela malgré l'opposition des seigneurs locaux demeurés catholiques.

Avec la proclamation de l’Édit de Nantes par le roi Henri IV en 1598, toutes les Églises protestantes connurent un important accroissement du nombre de fidèles.

La vicomté de Rochechouart comptait vers l'an 1600 au moins 1500 personnes de Religion Réformée, dont une forte communauté était située dans l'ancienne paroisse des Salles et la seigneurie de Lavauguyon.















Les familles protestantes étant devenue majoritaires dans la paroisse des Salles, les chanoines du prieuré furent apparemment contrains de quitter leur lieu de vie préalable et de se retirer dans une maison canoniale du bourg, dans laquelle ils purent continuer modestement la célébration du culte catholique.

Bien que l'on ne sache pas avec exactitude quel fut l'utilisation de l'ancienne église romane pendant ces années troublées, la propagation des idées de la Réforme eu des effets néfastes sur les bâtiments conventuels qui entouraient la prieurale des Salles.

La population locale, majoritairement protestante, ayant jugée superflu d'entretenir des bâtiments inutilisés, s'employa à démolir le cloitre et une partie des annexes du prieuré qui se trouvaient vraisemblablement dans un état de délabrement avancé.

Ceci nous est confirmé par un document établi en 1630 lors d'une tournée d'inspection ecclésiastique, conduite par l'abbé de l’abbaye de Chancelade en Périgord, Alain de Solminihac, qui s'était rendu au prieuré des Salles pour en évaluer l'état.




















L'inspecteur et son secrétaire reçurent des chanoines de la prieurale des Salles un témoignage bien troublant : " Enquis s’il se faisait des réparations, les religieux ont répondu qu’il s’en faisait à la maison du prieur. Sommes allés à l’église et l'avons trouvée mal pavée et assez bien vitrée. Sortant de l’église, sommes allés dans les cloîtres, lesquels avons trouvés tout à fait ruinés, et n’avons trouvé aucun vestige des lieux réguliers, fort d’un petit logis pour le prieur où il y a deux chambres, près lequel est un jardin, et joignant le dit jardin, est un petit étang. Nous étant enquis qui avait fait les dites ruines au prieuré, ont répondu que cela était du fait des habitants même du lieu qui étaient huguenots du temps des guerres civiles. "

Il ne reste plus aujourd'hui de ce cloitre que quelques corbeaux et solins en pierre, qui servaient autrefois à soutenir les poutres de la charpente et à protéger de la pluie la jonction de la couverture de l'ancien déambulatoire et des murs des bâtiments prieuraux.

Bien que la présence du cloitre soit incontestablement attestée sur les maçonneries du bas côté sud de l'église prieurale des Salles et sur une partie de la façade de l'ancien prieuré par la présence de ces quelques soutiens et protections en pierre, ceux-ci ne permettent toutefois pas de préciser si le cloitre d'origine constituait un quadrilatère ou s'il était seulement formé de deux côtés accolés aux bâtiments principaux, ceci reste donc la partie cachée de l'énigme que Frère Édouard et ses amis espèrent un jour pouvoir élucider...

23 décembre 2010

Temps de l'Avent et de Noël : fresques des Salles-Lavauguyon, en Limousin-Périgord

            Aux confins de l'Ouest du Limousin, au Nord du Périgord et à l'Est de l'Angoumois, à distance égale des cités historiques de Limoges et d'Angoulême, dans le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin, le département de la Haute-Vienne et l'actuelle région Nouvelle Aquitaine, le bourg des Salles-Lavauguyon peut s'enorgueillir d'avoir su conserver au travers des siècles un monument aussi étonnant que son l’église prieurale, remarquable tant par son architecture que par ses peintures murales du milieu du 12e siècle !

            Les fresques romanes exceptionnelles, datées du XIIe siècle, de l’église prieurale des Salles-Lavauguyon, peuvent être considérées parmi les plus exceptionnelles d'Europe. 

            Cette église romane, dont l'origine remonte à l'an 1075,était autrefois dédiée au double vocable de Saint-Eutrope, premier évêque de Saintes dont le nom est lié à deux bonnes fontaines proches du sanctuaire roman, et à celui de la Vierge Marie mère de Jésus, dont la vénération était autrefois importante dans l'ancien diocèse de Limoges. 


            Les sujets des fresques romanes de la prieurale des Salles-Lavauguyon sont inspirés de la thématique du mystère de la Rédemption du genre humain (délivrance du pêché originel selon la tradition biblique). Ils juxtaposent des représentations peintes des versets de l'Ancien Testament, ainsi que de quelques versets emblématiques du Nouveau Testament, combinés avec des représentations hagiographiques de plusieurs vies de saintes femmes et de saints hommes du début de la Chrétienté en Occident.

Registre des fresques des Salles 
lié au Temps de Noël


            Pendant le Temps de l'Avent et la période de Noël, où sont célébré la venue et la naissance de Jésus de Nazareth, se sont les fresques représentant l'Annonciation, la Nativité de Jésus, l'Annonce faite aux bergers et l'Adoration des mages, qui retiennent le plus l'attention des historiens, des spécialistes de l'art  médiéval et de tous les passionnés d'art roman. 

            Les chanoines commanditaires des fresques et les fresquistes, réalisateurs de cette iconographie historique datée du deuxième quart du XIIe siècle, ont sans aucun doute voulu marquer les visiteurs et les fidèles par la représentation vivante de ces épisodes inspirés principalement du Nouveau Testament. Leur ressemblance avec les images ou enluminures des livres illustrés du Moyen-âge renforcent la fonction éducative de ces fresques romanes. 

            Dans l'église romane des Salles-Lavauguyon, la fresque de l'Annonciation faite à Mairie représente celle-ci comme une jeune femme surprise par l'annonce qui lui est faite par l'Archange Gabriel de sa maternité surnaturelle.

            Face à l'Archange Gabriel, dont l'image est malheureusement endommagée dans la seconde moitié de la fresque et dont on ne voit que les ailes, Marie est personnifiée posant à la fois une main sur son abdomen et l'autre main sur son cœur et son sein gauche. Ce geste symbolise l'acceptation de la nouvelle de la conception « par la vertu du Saint-Esprit » de cet enfant auquel elle donnera le nom de Jésus.

Marie dans la Fresque de l'Annonciation


            Cet évènement est décrit dans l'Évangile selon Luc (1, 30-31: « Mais l’ange lui dit : « Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donnera le nom de Jésus. » 

            Ceci est aussi évoqué  l'Évangile selon Matthieu (122-23: « Tout cela arrivera afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. »

            La référence au prophète, évoquée dans le texte de Matthieu, se trouve dans l'Ancien Testament, et le livre du prophète Ésaïe (7, 14) : « C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe; Voici, la vierge deviendra enceinte et enfantera un fils; Et, elle lui donnera le nom d'Emmanuel. »

            Cette évocation d'une naissance miraculeuse se retrouve aussi évoquée dans le Coran (Sourate Al-Imran 45) : « Quand les Anges dirent :  Ô Mariam, voilà que Dieu t'annonce une parole venant de lui : son nom sera « al-Masih », « Hissa », fils de Mariam, illustre ici-bas comme dans l'Au-delà, et du nombre des  plus rapprochés de Dieu ».

            Dans un registre inférieur, la fresque représentant la Nativité de Jésus est à la fois fidèle au récit évangélique de Luc (2, 1-7, 12 et 16) et aux traditions chrétiennes des premiers siècles du christianisme, puisque Marie et son nouveau né accompagnés de Joseph, époux de celle-ci, sont représentés en présence d'un bœuf roux et d'un âne de couleur grise proches d'une mangeoire dans laquelle est couché l'enfant sur lequel Marie sa mère, alors que Joseph, le père adoptif de Jésus, se tient légèrement en retrait. 


Ange de l'Annonce faite aux bergers

La représentation picturale de l'Annonce faite aux bergers, fidèle à l'évangile selon Luc (2, 8-20), est dominée par le personnage de l'Ange annonciateur, elle est d'autre part caractérisée par l'image d'un troupeau de mouton auquel se mêle une grande chèvre noire au cornes ocres-jaunes qu'accompagnent les bergers munies de houlettes, battons de pastoureaux à l'extrémité courbée.

Houlettes des pastoureaux


La fresque de l'Adoration des Mages, conforme à l'Évangile selon Matthieu (2, 1-12) et à la tradition de l'Épiphanie, représente Jésus sur les genoux de sa mère Marie, qui le teint à bout de bras.
Elle même est assise sur un grand siège en forme de trône. Jésus n'est pas représenté comme un nouveau né, mais comme un tout jeune enfant. Les Mages, au nombre de trois, lui apportent des offrandes protégées par des tissus, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, selon la tradition testamentaire.


L'Adoration des Mages

Sur le mur dominant l'arc de pierre couvrant le bas côté sud de la première travée de la nef une grande fresque représente le Massacre des Innocents, conformément au texte de l'Évangile selon Mathieu (2, 16) : "Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages." La fresque du sanctuaire des Salles-Lavauguyon représente par de nombreux détails les enfants martyrs et leurs bourreaux.

Si les fresques romanes de la nef de l'église des Salles-Lavauguyon sont le symbole de l'importance donnée au Moyen-âge à l'interprétation imagé des épisodes du Nouveau Testament relatif à la naissance de Jésus, il est aussi important de rappeler que leur figuration s'inscrit dans le désir des chanoines du prieuré d'accaparer l'attention des fidèles et des visiteurs du sanctuaires afin de supplanter les traditions païennes.

Car la célébration de la Fête de Noël au mois de décembre remonte à l'an 351, année où le pape Libère aurait institué la Fête de la Nativité à Rome le 25 décembre, date proche de la Fête païenne du solstice d'hiver.

Les moutons et la chèvre de l'Annonce faite aux bergers

Certaine Eglises orthodoxes, ainsi que les catholiques de rite byzantin, qui ont conservé l'usage du calendrier " julien " (introduit par Jules César), célèbrent la fête de Noël le septième jour de janvier du calendrier civil.
L'éphéméride du calendrier " julien " comporte en effet 13 jours d'écart par rapport au calendrier " grégorien " (institué par le pape Grégoire XIII au XVIe siècle) ce qui fait que le 25 décembre " julien " correspond traditionnellement au 7 janvier du calendrier civil occidental.

Les Églises protestantes et réformées célèbre aussi Noël le 25 décembre du calendrier civil. C'est la tradition protestante qui a contribué à l'utilisation du sapin décoré pour célébrer Noël en remplacement de la Crèche comme c'est le cas dans la tradition catholique.

L'Épiphanie, fête chrétienne lors de laquelle est célébrée la visite des mages à l'enfant Jésus, a lieu traditionnellement le 6 janvier. Dans certains pays, comme en France où ce jour n'est pas férié, la célébration liturgique de la fête est reportée au deuxième dimanche après Noël, en vertu d'un indult papal.

07 mai 2010

Pèlerins et dévotions, symboles de prospérité pour la prieurale des Salles

La prieurale des Salles était au Moyen-âge ce que l'on peut appeler une église de pèlerinages, car elle accueillait de nombreux fidèles venu faire leurs dévotions à la bonne fontaine voisine du sanctuaire, dans l'espoir que ces eaux salutaires apportent soulagement et guérison de leurs douleurs.








La situation de cet établissement canonial (puisque il était tenu par des chanoines) sur un itinéraire secondaire reliant deux grandes routes de pèlerinages vers Compostelle, à presque mi-chemin entre Poitiers et Périgueux, a contribué à donner une importance indéniable à la communauté ecclésiastique des Salles.
Car il y avait autant de chemins pour arriver au sanctuaire galicien de saint Jacques le Majeur, en passant par les grands sanctuaires de pèlerinages aquitains, qu'il n'y avait de pèlerins.
Ceux venu du Nord et de Paris, qui avaient parcouru la Via Turonensis (Voie de Tours) jusqu'à Poitiers et voulaient rejoindre la Via Lemovicensis (Voie Limousine) plus au sud, se devaient de prendre un chemin de traverse pour rejoindre Périgueux.
Ces marcheurs vers Compostelle quittaient la route de Saintes à la hauteur de Ligugé et se dirigeaient vers le sud-est par la Via Pictavina (aussi appelée "Grand Chemin de Poitiers à Charroux").
Ils devaient parcourir une étape d'environ 16 lieues et demie (53,6 km) pour rejoindre la capitale du comté de la Marche.
Après avoir fait leurs dévotions en la puissante abbaye bénédictine de Charroux, fondée sous Charlemagne par Roger vicomte de Limoges et consacrée au Saint Sauveur, ils reprenaient leur cheminement vers le sanctuaire pétrocorien en suivant principalement le tracé de l'ancienne voie romaine de Poitiers à Périgueux, appelé "chemin ferré".
Cette voie antique réutilisée au Moyen-âge passait par la Péruse, croisait dans la paroisse de Suris, au lieu dit les Chaussades, la Via Agrippa (ancienne voie romaine de Saintes à Lyon) et se dirigeait, après avoir traversé la haute vallée de la Charente, vers le petit sanctuaire de Verneuil, dédié comme Charroux au Saint Sauveur.
Les pèlerins ne pouvaient, après cette longue étape de près de 18 lieues (58 km), que faire halte au sanctuaire des Salles.

La prieurale romane des Salles offrait toutes les caractéristique d'une église refuge pour les voyageurs qui ne devaient pas manquer d'y passé la nuit, les bas côtés de la nef servant de dortoir aux pèlerins.
Au petit-matin la nef de l'église était nettoyée après le lever des pèlerins et une messe à leur attention était célébrée sur un autel portatif installé dans la quatrième travée. En est pour preuve la croix de consécration romane peinte sur la voute de la travée de la nef qui précéde le chœur du sanctuaire, quant-à lui réservé aux offices de la communauté de chanoines.
Nous retrouvons ce genre de disposition hospitalière en l’ancienne église abbatiale de Puypéroux, au sud de l'Angoumois, situé comme le sanctuaire des Salles sur un chemin de pèlerinage secondaire, celui-ci reliant Angoulême à Aubeterre-sur-Dronne.

Le phénomène d'étape sur un itinéraire secondaire de pèlerinage est attesté pour l'église des Salles, ne serait-ce que part les différentes influences architecturales, tant dans sa construction que dans son décors sculpté, et surtout dans les détails des peintures à la détrempe du premier étage du bâtiment de la salle-capitulaire dont la symbolique est incontestablement d'inspiration hispanique.
Depuis le bourg des Salles, qui fut en son temps à la fois le chef-lieu de la paroisse des Salles-Lavauguyon, maison mère de la communauté de chanoines des Salles et étape sur un chemin de  pèlerinages, les marcheurs reprenait leur cheminement vers le sud, en passant par Maisonnais-sur-Tardoire et Reilhac, ce dernier village ayant été le siège d’une commanderie des Templiers, ils rejoignaient ensuite Nontron où se trouvait autrefois un hôpital des pèlerins, puis la grande abbaye Saint-Pierre de Brantôme, fondée traditionellement comme celle de Charroux sous le règne de Charlemagne, où ils faisaient étape après avoir parcouru à nouveau une distance de près de 16 lieus (51 km) depuis Les Salles.
Il restait enfin aux pèlerins, suite à un arrêt à l'abbaye Notre-Dame de Chancelade, à regagner le sanctuaire de la cathédrale Saint-Front de Périgueux.

Il n'y a donc rien d'étonnant lorsque l'on observe attentivement la thématique, la symbolique, l'originalité, la composition et l'inspiration des œuvres picturales et sculpturales que l'on peut découvrir dans l'église et l'ancien prieuré du bourg des Salles-Lavauguyon que l'on soit emmené à penser que les chanoines des Salles aient pu aussi être des grands voyageurs doublés de pèlerins curieux et inspirés.

Frère Édouard a repris depuis quelques années cette tradition de pèlerinages, expression d'une démarche mystique personnelle.
C'est ainsi que votre guide sur les chemins de l'histoire c'est mis en route, reprenant son bâton de pèlerin sur les chemins et les voies menant vers des sanctuaires de pèlerinages très divers en Europe...

Je me propose de vous faire profiter de mes expériences, mais après cette longue explication je présume qu'il est bon de marquer une halte, à bientôt donc vers un autre sanctuaire...

04 avril 2010

Les Salles-Lavauguyon : lieu cultuel du Haut-Moyen-âge aux origines gallo-romaines…

Le sanctuaire des Salles fut créé au Haut-Moyen-âge sur une éminence du relief proche d’un site de bonnes fontaines de l’ouest du Limousin, en bordure du bourg des Salles-Lavauguyon, chef-lieu de la même commune rurale Haute-Viennoise.

Cet endroit privilégié constituait un élément de soutien aux voyageurs en bordure d’un itinéraire de long parcours antique, encore utilisé au Moyen-âge, aux limites de plusieurs divisions territoriales anciennes.




L’emplacement des fontaines des Salles avait la particularité de concentrer sur un même lieu trois sources alimentées en permanence. Il était situé en limite du talweg d’un replat du relief, proche d’un affluent de la Tardoire, baptisé ruisseau de l’abbaye aux Temps Modernes. En cet endroit les voyageurs parcourant un itinéraire nord-sud étaient obligés de franchir l’obstacle d’une vallée humide par le passage d’un gué.

Ces sources, facilement accessibles, constituaient non seulement l’assurance de pouvoir puiser de l’eau potable en toute saison, mais paraissent être devenues très tôt l’objet de vénérations liées à un culte de la nature. Ces pratiques n’ont rien d’étonnant dans un territoire où l’occupation humaine est attestée dès l’époque néolithique et à l´âge du bronze.

Il est également concevable d’affirmer que les gallo-romains apportèrent un intérêt particulier au sanctuaire dont ils tentèrent de s'approprier le culte en remodelant les aménagements entourant les sources et en y ajoutant vraisemblablement un petit temple.

Les bâtisseurs du Moyen-âge qui n’étaient pas affranchi d’appréhensions superstitieuses ont intégré une sculpture d'une tête de divinité gallo-romaine sur l’un des piliers de la façade de l’église romane.

Cette marque de respect à postériori est indéniablement liée à la peur des forces naturelles et aux pratiques cultuelles supposées se rapporter aux pouvoir guérisseurs des bonnes fontaines.

La recherche d’une protection divine ou surnaturelle, sans considération d’une possible origine polythéiste, s’est perpétuée en relation avec l’attribution aux sources de pouvoirs supposés guérisseurs que l’on rencontrait dans de nombreux recoins des campagnes limousines, de même qu’en plusieurs lieux de la commune des Salles-Lavauguyon, jusqu’à une époque très récente.

Le réemploi d’un élément d’architecture antique n’est pas unique dans le sanctuaire roman des Salles, un chapiteau composite surmontant une colonnette encadrant la baie de la première travée de la nef de l’église prieurale, semble avoir une origine plus ancienne que l’édifice roman dans lequel il est enchâssée, de part sont décor de feuilles d’acanthe stylisées et la finesse de sa sculpture.

Ces références à un lieu de culte ancien nous permettent d’aborder l’un des aspects de la christianisation de ce lieu longtemps dédié à l'origine au paganisme. C’est par l’intermédiaire d’un saint personnage évangélisateur que cet endroit fut au Haut-Moyen-âge accaparé par une confrérie chrétienne.

Mais il est fort probable que le site des fontaines des Salles dédié à Eutrope, premier évêque de Saintes, dont le nom fut aussi lié au Moyen-âge à d’autres sites de bonnes fontaines dans l’espace de la Cité des Lémovices, ai été nommé du nom du missionnaire apostolique bien avant l’arrivée de la communauté de chanoines à la fin du XIème siècle.

Ce n’est pas seulement dans l’architecture du sanctuaire des Salles que nous retrouvons des références à l’antiquité, c’est aussi dans son important programme de fresques romanes du milieu du XIIème siècle que les symboles gréco-romains ou même égyptiens sont les plus facilement identifiables de par l’utilisation d’une imagerie rattaché à des épisodes et écrits mythologiques ou classiques.

Si votre curiosité est éveillée par ces propos je vous convierai bientôt à franchir ensemble les portes du sanctuaire à la recherche de la représentation des "cornes minotauresques" associées à l’énigmatique "Mérétrix", incarnant à elle seule tous les vices…
 
Mais si un bestiaire plus sage guide votre curiosité, peut-être serez vous plus inspirés par les représentations des chiens gardiens symboliques du sanctuaire
 
Si la Genèse Universelle motive votre quête, je vous inviterez à contempler le Jardin d'Éden, tel que le représentait les fresquistes de l’époque romane, endroit fantasmagorique où suite à la Création d’Adam et d’Ève, un serpent malfaisant enroulé sur le tronc de l’arbre du savoir est associé à un macaque moqueur incarnant l’esprit du mal et annonçant le renvoi du premier homme et de sa compagne hors de ce fameux et hypothétique Paradis Terrestre ...

Voir : Liber chronicarum ecclesiae S. Juniani (Chronique d’Étienne Maleu, chanoine de la collégiale séculière de Saint-Junien, chronique en latin retraçant l’histoire de l’église de Saint-Junien de l’an 500 jusqu’en 1316)