18 juillet 2012

Prague et cimetière de Vyšehrad : hommage au lieutenant Ivan Spaniel !

Panorama de Prague
Il est des déplacements qui évoluent au fil du temps qui passe et, bien que le but initial ne soit pas désavoué, le hasard fait que le voyageur découvre l’inattendu à deux pas de ce qui était à l’origine l’aboutissement d’un voyage initialement très ordonnancé.



Il en fut ainsi d’une visite effectuée dans une métropole d’Europe centrale chargée d’histoire, la ville de Prague (Praha), capitale de l’actuelle République Tchèque (Česká Republika), par votre serviteur au printemps dernier.

Le hasard des découvertes transforma une réunion technique et professionnelle en une sorte de pèlerinage à la rencontre posthume de héros, issus d’un passé vieux de près de soixante années, où se forgea l’Europe d’aujourd’hui et auxquels ma génération doit une part de sa liberté.
Stand au «SAP Congres» à Prague
Ma présence dans la ville de Prague n’avait en principe rien d’une villégiature, même si en ce mois de mai 2012 le baromètre  était au beau fixe et les températures plus proches de celles de la saison estivale que des moyennes printanières. Je  devais alors participer à un congrès ayant pour thème principal les nouvelles potentialités technique d’un progiciel de gestion intégrée, communément dénommé SAP ERP en jargon informatique, et ses différentes applications.

Le Centre de congrès de Prague (Kongresové centrum Praha), lieu choisi par les organisateurs, était situé au sud du centre historique de Prague et jouissait d’une vue exceptionnelle sur une partie de la ville ancienne, en présentant aussi l’avantage d’être très proche de la Forteresse de Vyšehrad.

Vue de Vyšehrad
Le site de Vyšehrad (littéralement « Château haut » en tchèque), est caractérisé par des murailles imposantes, témoins de la transformation en forteresse de l’ancien château du Moyen-âge. Au hasard de sa promenade le visiteur est surpris par les bastions hauts perchés et des bâtiments remodelés à différentes époques de l’histoire du site, dont les plus anciennes constructions datent du 10e siècle.

Porte Leopold (Leopoldova brána)
Parmi les témoins de l’histoire de Vyšehrad il est encore possible de découvrir la Porte Tabor (Táborská brána), qui date du 17e siècle et s’ouvre sur le quartier de Pankrac, la Porte Leopold (Leopoldova brána), de style baroque construite aux alentours de 1670, la Rotonde romane dédiée à Saint-Martin (Rotunda svatého Martina), édifiée à l'origine vers 1100, ainsi que les restes d’un des châteaux fort éponyme de la ville de Prague, construit à l’origine au 10e  siècle sur une colline qui domine la vallée de la Moldau (Vltava) dans sa traversée de l’agglomération praguoise.

Saints-Pierre-et-Paul, Vyšehrad
La colline et la forteresse de Vyšehrad sont dominées par les clochers de l’église paroissiale, et Collégiale, Saints-Pierre-et-Paul (Kapitulní chrám Svatého Petra a Pavla). C’est l’une des plus anciennes églises de Prague, elle fut fondée par le Prince Vratislav II vers 1070. L’église actuelle date pour la plus grande partie de la seconde moitié du 19e  siècle, de style néogothique, elle est l’œuvre de l’architecte Josef Mocker (1835-1899), les flèches des deux clochers ont été construites en 1903.

Ce qui caractérise plus particulièrement le site de la Forteresse de Vyšehrad  est incontestablement le Cimetière national (Vyšehradský hřbitov), dominé en son centre par le caveau et Monument Slavin.

Ce cimetière remarquable fut établi en 1869 aux abords immédiats de la Collégiale Saints-Pierre-et-Paul, il est connu pour regrouper les tombes de nombreuses personnalités d’origine tchèque, peintres, compositeurs, sculpteurs, militaires, scientifiques, hommes politiques, sportifs et leurs familles.


Rotonde romane Saint-Martin
(Rotunda svatého Martina)

Les compositeurs classiques Bedřich Smetana (1824 – 1884) et Antonín Dvořák (1841 – 1904), les violonistes et compositeurs Ferdinand Laub (1832 – 1875) et František Ondříček (1857 – 1922), les poètes et écrivains Jan Neruda (1834 – 1891) et Jaroslav Vrchlický (1853 – 1912), le sculpteur et architecte Josef Václav Myslbek (1838 – 1922), la politicienne, combattante de la résistance tchèque et féministe Milada Horakova (1901 – 1950), le lauréat du prix Nobel de chimie en 1959 Jaroslav Heyrovský (1890 – 1967), l’actrice et écrivain Olga Scheinpflugová (1902 – 1968), la patineuse artistique, championne d'Europe et médaillée olympique en 1968 Hana Maskova (1949 – 1972), de même que l’acteur Vlastimil Fisar (1926 – 1991), reposent entre autres à Vyšehrad.

En amoureux des arts graphique, la plaque apposée à la mémoire du peintre et illustrateur Alfons Mucha (1860-1939) ce devait de retenir mon attention dans ce cimetière national tchèque de Vyšehrad, même si son emplacement fut quelque peut difficile à localiser.

Monument Slavin, cimetière de Vyšehrad
Alfons Mucha fut l’un des précurseurs du style Art nouveau, après une longue carrière internationale, entre autre en France et aux États-Unis, il était revenu vivre dans sa ville natale vers la fin des années 30 du 20e siècle. Son grand âge ne présenta pas pour Alfons Mucha une garantie de protection suffisante car il fut l’un des premiers internés après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes de la Wehrmacht en mars 1939. Il est décédé le jour du 14 juillet 1939, officiellement des suites d’une pneumonie, en réalité peu de temps après avoir subi un interrogatoire par la Gestapo, qui s'intéressait plus particulièrement à lui du fait de son appartenance à la franc-maçonnerie.

Mais la tombe qui me surprit le plus fut celle constituée d’une sobre stèle de granit sur laquelle est fixée une croix en bois portant sur la branche horizontale la mention : « Lieutenant Spaniel Ivan ».

Sur le sommet de la branche verticale de cette croix se trouve un bandeau tricolore aux couleurs du drapeau français surmonté de l’inscription 3e RAC (difficilement lisible) sur la partie inférieure de cette croix figure l’inscription : « TOMBÉ AU CHAMP à HONNEUR à KRAFT le 30.11.1944 ».

Tombe d'Ivan Spaniel
Sur la stèle de granit grise qui constitue la partie en élévation de la tombe de la Famille Španiel, sont gravées dans la pierre sur la droite de la croix en bois les épigraphes suivantes : « NADPORUČĺk, MUC. IVAN ŠPANIEL, 23.7.1918 – 30.11.1944 »
Une médaille de grande taille est appliquée sur la pierre tombale au dessus de trois autre épitaphes qui se lisent successivement : « ČESKÝ SOCHÁR A MEDAILER, OTAKAR ŠPANIEL, PROFESSOR AKADEMIE, VÝTVARNYCH UMĚNÍ, 13.6.1881 – 15.2.1955 » - « LIDA ŠPANIELOVÁ, 7.5.1888 – 21.10.1973 » - « ZDENĚK RUDL ŠPANIEL, 19.6.1912 – 8.11.1981 »

Cette tombe du cimetière de Vyšehrad réunie, avec le lieutenant (nadporučík) Ivan Španiel, son père Otakar Španiel, sculpteur et médailleur tchèque renommé, sa mère Lida Rudlová-Španiel, ainsi qu’un autre membre de leur famille Zdenĕk Rudl Španiel.

C’est pourquoi, avant de faire plus ample connaissance avec le souvenir d’Ivan Španiel, une parenthèse s’impose pour retracer la vie de son père Otakar Španiel.

Vue du cimetière de Vyšehrad
Otakar Španiel était né en 1881 à Jaroměř au nord-est de la Bohême, il devint diplômé de l'école de la médaille de l'Académie de Vienne en 1901. Suite à ses études à l'Académie des Beaux-arts de Prague, de 1902 à 1904, il termina sa formation artistique à Paris en devenant l'élève d'Alexandre Charpentier, sculpteur, médailleur et ébéniste français.

Après cette période parisienne, Otakar Španiel retourna à Prague où il épousa Lida Rudlová, leur fils Ivan naquit à Prague le 23 juillet 1918. Entre temps, Otakar Španiel était devenu professeur à l'École des Arts Appliqués de Prague, en 1917, il devint au début de 1920 professeur à l'Académie des Beaux-arts. Fondateur de l'École tchécoslovaque de médailles il est aussi le créateur de la Médaille Interalliée 1914-1918 pour la Tchécoslovaquie.
Il fut fait membre de l'Académie des Sciences tchèque en 1927 et est l'auteur de la première pièce de monnaie de la République tchécoslovaque indépendante.

Otakar Španiel réalisa, entre 1920 et 1939, de nombreuses sculptures que l’on peut voir encore aujourd’hui dans Prague, tel une partie de la décoration de la porte de la façade ouest de la Cathédrale Saint-Vitus (Katedrála svatého Víta).
Tombe de Vlastimil Fisar,
cimetière de Vyšehrad
Pendant l'occupation nazie, Otakar Španiel a été emprisonné en 1942 dans le camp de concentration allemand de Svatobořice, plus connu sous le nom de code « Polaris-Centrum », situé en Moravie-du-Sud, dans ce qui était alors le Protectorat de Bohême-Moravie.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Otakar Španiel reprit son œuvre de médailleur et fut le concepteur de la première série des pièces de la de la République Tchèque d’après 1945.

Lauréat du Prix d'Etat, artiste distingué, il remporta plusieurs grands prix lors d'expositions internationales, une rue et une école élémentaire de Prague porte son nom.

La tombe familiale du cimetière de Vyšehrad est l’une des dernières œuvres d’Otakar Španiel.

Ivan Spaniel, dont le nom est aussi orthographié Ivan Španiel en langue tchèque ou Yvan Spaniel en français, était né à Prague le 23 juillet 1918. Comme nous l’avons déjà remarqué, il était le fils d’Otakar Španiel et de Lida Rudlová- Španiel.
Porte Tabor, Vyšehrad
Ivan Spaniel vécut une enfance praguoise relativement heureuse, à une époque où la Tchécoslovaquie indépendante n’était pas encore convoitée par les grandes puissances environnantes. Il devint étudiant en médecine à l'université Charles de Prague, puis s’en alla poursuivre ses études à Paris.


Ivan Spaniel résidait en France au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces armées de l’Allemagne Nazie en mars 1939.


Suite à cette invasion qui correspondit à la disparition de la Tchécoslovaquie indépendante et à la création du Protectorat de Bohême-Moravie, directement placé sous administration militaire allemande, il lui fut quasi impossible de rejoindre son pays natal.

Après la déclaration de guerre faite à l'Allemagne par le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la France, le 3 septembre 1939, en réaction à l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 par les forces armées de l'Allemagne nazie, Ivan Spaniel se fit incorporer comme engagé volontaire dans l’armée française, au Camp militaire d'Agde, au début du mois de septembre de cette même année. Il fut désigné pour servir dans l’artillerie française et suivra en 1940 l'instruction militaire à l’École des officiers d'artillerie de réserve à Poitiers.

Quartier de Pankrac, Prague
Suite à l'occupation de la France par l’Allemagne Nazie, conséquemment à la défaite militaire française et à la signature de l’Armistice franco-allemand le 22 juin 1940, Ivan Spaniel refusera de se conformer aux directives de déposer les armes, comme l’avaient ordonné les autorités françaises favorable à la collaboration avec l’occupant. Il quittera la France à bord d'un voilier, pour débarquer d'abord au Portugal, puis il transitera par Casablanca, avant d'arriver en Grande-Bretagne en voyageant dans un navire à charbon.

Le 16 octobre 1940, après avoir rejoint l'Angleterre, il s’engageait dans les unités du mouvement FFL (Forces françaises libres) qui devaient continuer la lutte armée contre l’Allemagne Nazie, hors de la France métropolitaine.

La Moldau (Vltava), Prague
En 1941, promu au grade d'adjudant des FFL, Ivan Spaniel débarquait sur les côtes africaines et allait rejoindre les troupes FFL, placées sous le commandement du Général Leclerc, qui exerçaient des raids tactiques en Lybie, en partant des bases militaires françaises au nord du Tchad.
En 1942, il dirigeait une batterie d'artillerie motorisée des FFL et s'illustrait lors de la prise de la Forteresse de Gatroun dans la zone du Fezzan en Libye.

En 1943, Ivan Spaniel participait à la campagne menée par le général Leclerc dans le Sahara et en Tunisie. Il sera présent lors de la prise de l’oasis d’El-Gatrun, puis de celle de l’oasis d’Uum-el-Araneb, au sud-ouest de la Lybie. Suite à ces victoires militaires en Lybie, les forces armées FFL se joindront à la 8e Armée anglaise commandée par le général Montgomery et contribueront en mars 1943 aux opérations d’attaque puis de contournement de la Ligne Mareth au sud de la Tunisie, Ivan Spaniel sera alors promu au grade de sous-lieutenant.

Tombe de Bedřich Smetana,
cimetière de Vyšehrad
En mai 1944, comme toutes les troupes constituant la 2e Division blindée des FFL (2e DB) , commandées par le général Leclerc, Ivan Spaniel, sera transporté d’Afrique en Grande-Bretagne et restera en juin et juillet en Angleterre, en préparation des opérations sur le front occidental.
Après une période d'entraînement au Camp de Sledmere, dans la région du Yorkshire de l'Est, le 1/3 RAC, dont dépend désormais Ivan Spaniel, débarque le 1er août 1944 à Utah Beach et participera, comme unité rattachée à la 3e Armée US du Général Patton, aux combats en Normandie.

Ivan Spaniel s’illustrera à plusieurs reprises au commandement du Groupe d'Observation de la 3e Batterie de Tir, du 1er Groupe du 3e Régiment d'Artillerie Coloniale (1/3 RAC), placé sous les ordres du Commandant Fieschi.

Au sein de la 2e DB, le 1/3 RAC formait l'Artillerie du Groupement Tactique Dio (GTD).
Le 13 août 1944, la 3e  Batterie du 1/3 RAC entrait en tête des unités de la 2e DB à Carrouges, dans le département de l’Orne, où elle s’illustrait en tirant près de 260 coups de canons, permettant de mettre en déroute le bataillon de reconnaissance de la 2e   Panzer-Division allemande.

Le 3e RAC figure aux premiers rangs des unités de la 2e DB qui pénètrent dans Paris en août 1944.
Ivan Spaniel contribuera, avec son unité, à repousser la contre-attaque allemande dirigée les 28 et 29 août 1944 sur le secteur du Bourget. L’échec de cette contre-offensive permit de chasser définitivement les troupes allemandes cantonnées dans la banlieue nord de Paris.
Suite à la libération de Paris et devant l’avance des forces alliées anglo-américaines et française en France, la 2e  DB fut envoyée en direction des Vosges et de l'Alsace.

Saints-Pierre-et-Paul
et cimetière, Vyšehrad
Lors de l'avance dans les Vosges, la 3e Batterie de Tir du 1/3 RAC, dont dépendait le lieutenant Ivan Spaniel, détruisit une formation d'artillerie allemande et fit prisonniers les soldats ennemis servant les batteries de canon. Pour ses mérites Ivan Spaniel sera fait Chevalier de la Légion d'honneur et est décoré de la Croix de Guerre.

Le 24 novembre 1944, Ivan Spaniel participe avec le 1er Groupe du 1/3 RAC à la libération de Strasbourg, en y entrant avec les éléments de tête de la 2e DB.

Après la libération de Strasbourg les combats continuent en Alsace, le 29 novembre 1944 le 1/3 RAC est positionné à Krafft, village proche de Erstein au sud de Strasbourg, où il effectue des tirs d'interdiction sur le village de Plobsheim, situé entre l’Ill et le Rhin.
Dans la soirée du 29 novembre 1944  les batteries de l’artillerie Allemande répliquent violemment et arrosent le village de Krafft d’une pluie d’obus. Ivan Spaniel sera tué dans son sommeil lors du bombardement par l’artillerie allemande d'une maison située tout près du pont sur l’Ill, proche du confluent avec le canal du Rhône au Rhin.

Ivan Španiel
La fiche de décès d’Ivan Spaniel fut ainsi rédigée par les autorités militaires françaises :
« Nom : SPANIEL, Prénom : Yvan
Date de naissance : 23-07-1918 ;
Commune de naissance : Prague ; Département ou pays de naissance : Tchécoslovaquie ;
Grade : Sous-lieutenant ;  Unité : 3e RAC ;
Mention : Mort pour la France ;  Date de décès : 30-11-1944 ;
Commune de décès : Kraft ; Département ou pays de décès : 67 - BAS-RHIN ;
Cause du décès  : Tué par éclat d'obus ; Statut : militaire. »

Ivan Spaniel a été promu lieutenant à titre posthume et décoré à ce même titre de la Croix de Guerre française avec Palme. Il fut également décoré à titre postume de la Médaille pour bravoure face à l'ennemi, décernée par le gouvernement tchèque.
En 1945, un tank participant au défilé de la victoire à Paris sera baptisé de son nom.
En 1947, les cendres d'Ivan Spaniel retournèrent à Prague pour être déposées dans le caveau de famille au cimetière national de Vyšehrad.

Pont Charles, Prague
Rappelons, pour finir ce périple historique et mémoriel, que de nombreux tchèques ont combattus dans les armées alliés et s’opposèrent ainsi à l’occupation par l’Allemagne nazie de leur pays d’origine.
Ce sont en total 128 jeunes hommes d’origine tchèque qui ont donné leurs vies dans les forces armées françaises entre 1939 et 1945. Ils contribuèrent à libérer du joug nazi l’Europe occidentale et la France, mais ils n’eurent pas tous la reconnaissance qui fut témoignée à juste titre à Ivan Spaniel !

03 janvier 2012

La cloche de l'église des Salles-Lavauguyon

Après 150 ans de bons et loyaux services, la cloche, paroissiale et communale, de l'église des Salles-Lavauguyon commençait à présenter quelques signes de déficience mécanique et sonore.

Cloche lors de sa dépose
Ceux-ci se manifestaient entre autre par une usure de la cloche sur sa face intérieure, provoquée par les coups répétés du battant lors de la sonnerie des heures et de celles des cérémonies. Le son un peu « fêlé » de cette cloche annonçait la présence de quelques fissures qui risquaient de lui être à la longue fatales.

Afin d’apporter les réparations et renforcements nécessaires à prolonger sa vie et son usage il était impératif de la déposer, c'est-à-dire de la démonter de son support en charpente et de la descendre du clocher en la faisant passer par l’orifice aménagé au centre de la coupole par les bâtisseurs.

Cette opération délicate de démontage et de transport a été effectuée par les soins des techniciens de la fonderie Bodet. Ainsi, pour la première fois, depuis sa fabrication en 1861, la cloche des Salles-Lavauguyon quitta, par la force des choses, son emplacement d’origine pour s’en aller, non pas à Rome mais entre Nantes et Angers, à Trémentines au sud de la Loire, où l’attendaient les spécialistes de la soudure de cloches et les fondeurs qui devaient lui administrer une cure de jouvence bien méritée.

Comme nous venons de le voir, la cloche de l'église des Salles-Lavauguyon date de 1861, mais cette fabrication n’était pas la première fonte de cloche qu’avait connu le sanctuaire paroissial, puisque la fonte celle-ci, au Second-Empire, avait consisté en une refonte du bourdon précédent.


Battant de la cloche
 lors de la dépose
La cloche des Salles-Lavauguyon porte sur l'extérieur plusieurs inscriptions et illustrations qui permettent d’éclairer ses origines. La série d’inscriptions a été réalisée sur trois bandeaux qui se succèdent sur sa partie supérieure. Il est intéressant de noter que le fondeur de cloche de l'époque avait visiblement des difficultés pour respecter l'orthographe et le positionnement des lettres du texte, ce qui explique les doublures et les quelques inversions de caractères.

La première ligne de la dédicace se lit à partir d'une main stylisée dont l'index désigne la première lettre du texte. Cette main symbolise la main divine, telle qu’on peut la voir également représentée dans les fresques du 12e siècle qui ornent les murs de l’église prieurale des Salles-Lavauguyon, ce qui prouve une continuité dans l’utilisation des symboles chrétiens au travers des siècles, puisque près de 600 ans séparent les fresques romanes et la cloche de 1861.

L’épigraphe est composée en lettres majuscules de type romain et se déchiffre comme ceci  : « REEFONDUE EN 1861 Mrs JH FAURE MAIRE ET Ld VERNADEAU CURE », une simple croix stylisée est intercalée dans le texte qui continu en précisant, « PARRAIN Mr L DELACROIX DE FLAVILLE ». Cette première ligne se termine sur son point de départ, c'est-à-dire le poignet de la main stylisée.
Epitaphe et mains stylisées
Le deuxième bandeau du texte se lit, tout comme le premier, à partir d'une main symbolique identique à la précédente : « REPRESENTE PAR Mr SON BEAU FRERE FERNAND DE CHASSAYS », un petit espace cette précision de la partie suivante du texte, « MRARAINE Melle BERTHE FAURE REPREESENTEE ». Cette seconde ligne de l’épigraphe se termine de la même façon que celle qui la précède.

Le troisième et dernier bandeau de l’inscription se lit comme les deux précédents à partir d'une main stylisée, le texte se poursuivant ainsi : « PAR Mme Fse LONGEAU LAGRANGE SA GRAND MERE ». Cette dernière partie de la citation se termine sans signe particulier, et  ne fait pas non plus le tour complet de la cloche comme les lignes de texte précédentes, puisqu’un intervalle important sépare la lettre E de la main stylisée.

La base de la cloche est ornée sur une face par une représentation symbolique d’un Christ en croix. Cette représentation du Christ surmonte l’inscription : "MARTIN FONDEUR".


La Vierge à l’enfant (Marie tenant Jésus dans ses bras)
Sur l’autre face de la cloche se trouve une représentation stylisée d’une Vierge à l’enfant (Marie tenant Jésus dans ses bras). Ceci s'explique par la Dédicace de l'église des Salles-Lavauguyon à Marie de Nazareth, mère de Jésus-Christ.

Un exercice de transcription de l’épitaphe semble s’imposer pour en faciliter la lecture, voici donc ce que le texte nous apprend : « Refondue en 1861, Messieurs  Joseph Faure, maire, et Léonard Vernadeau, curé ; Parrain Monsieur Léonard Delacroix de Flaville, représenté par son beau frère Fernand de Chassays ; Marraine Mademoiselle Berthe Faure, représentée par Madame Françoise Longeau Lagrange, sa grand-mère ».

Monsieur Joseph FAURE, fut maire des Salles-Lavauguyon pendant trois mandats. Il figure avec certitude sur les registres des mariages, décès et naissances en tant que maire et officier de l'Etat Civil en 1854, 1855 et 1861, l’année de la refonte de la cloche.

Pendant le Second-Empire, sous la constitution en vigueur entre 1852 et 1870, bien que les conseils municipaux soient élus au suffrage universel, conformément aux dispositions de la loi sur l’organisation municipale votée le 5 mai 1855, les maires des communes de moins de 3000 habitants, étaient nommés par le préfet.

Epitaphe et croix stylisée
Léonard VERNADEAU, avait été ordonné curé des Salles-Lavauguyon en 1860, il était donc prêtre de la paroisse des Salles-Lavauguyon depuis près d’un an lors de la refonte de la cloche en 1861. Il  officiera pendant plus de quarante ans dans cette même paroisse, jusqu'à son décès survenu le 16 janvier 1905, à l’âge de 85 ans. Ce prêtre, regretté de ses paroissiens et de ses amis, avait redonné un élan incontestable à sa paroisse.

Le curé VERNADEAU fut vraisemblablement à l’origine de la décision de refonder la cloche du sanctuaire paroissial des Salles-Lavauguyon. Il devait exercer son sacerdoce sous le Régime du Concordat de 1801, qui régissait les relations officielles entre l’État français et l’Église catholique au 19e siècle, mais il ne connu pas l’application des dispositions de la Loi de séparation des Églises et de l'État, votée le 9 décembre 1905, moins d’une année après son décès, sa tombe se trouve aujourd’hui encore au centre du cimetière communal.

Le parrain de la cloche, M. Louis de LACROIX de FLAVILLE, était lors du baptême de celle-ci représenté par son beau-frère M. Louis-Fernand de CHASSAYS. Ce dernier, gros propriétaire terrien, résidait au château du Poirier, situé dans la commune de Verneuil (Charente), limitrophe de celle des Salles-Lavauguyon.

Stylisation d'un Christ en croix
sur la base de la cloche
La marraine, Mlle Marie Antoinette Berthe FAURE, était lors du baptême de la cloche, représentée par Marie Rose Albertine Françoise CHEMISON de RECOUDERT, épouse de M. Francois Felix LONGEAUD La GRANGE, originaires d’Oradour-sur-Vayres. Le fondeur de cloche n’a retenu que le prénom usuel de Mme LONGEAUD La GRANGE.

Mlle Marie Antoinette Berthe FAURE, née en 1843 à Chabanais (Charente), était la fille du maire des Salles-Lavauguyon, M. Joseph FAURE, et de Mme Marie LONGEAUD La GRANGE, née à Oradour-sur-Vayres le 31 mai 1821 et décédée en 1852. Mlle Berthe FAURE, âgée de 18ans,  était donc orpheline de sa mère au moment de la refonte et de baptême de la cloche de 1861. Elle devait épouser, le 15 juin 1865, M. Juste Emile De FRUMINI DUROUSSEAU, elle est décédée en 1873.

Le rituel catholique ne parle officiellement que de la "Bénédiction" de la cloche.
La cérémonie de bénédiction de la cloche était présidée par l'évêque ou son représentant, en présence des autorités locales, ainsi que des parrain et marraine, souvent entourés par la foule des fidèles.
Suspendue à un chevalet en bois placé dans le chœur de l'église, la cloche, recouverte d'une robe en étoffe blanche, était une première fois bénie par l'officiant.
Celui-ci appliquait ensuite une onction avec le saint chrême (huile servant pour le baptême) à l'intérieur et à l'extérieur de la cloche.
Après une nouvelle bénédiction, il la faisait sonner à trois reprises, suivi par les parrains, marraine et fondeur. La "voix" de la cloche se faisait alors entendre de tous pour la première fois.
Pour finir, l'ascension de la cloche dans le clocher ajoutait un caractère spectaculaire à l'événement. Remarquons ici que l'orifice aménagé au sommet de la coupole du clocher de l'église des Salles laisse passer la cloche avec exactitude.

La cloche avant son
départ pour la fonderie
La réfection de la cloche des Salles-Lavauguyon en 2011 n’aura pas fait l’objet de nouvelle inscription, mais une plaque commémorative de l’évènement devrait être apposée dans le clocher.

Après sa réparation dans l'usine de la Fonderie Bodet, à Trémentines, dans le Maine et Loire, la cloche de l'église des Salles-Lavauguyon est revenue prendre sa place dans le clocher ou elle égrène à nouveau les heures avec un son ragaillardi qui sonne presque joyeusement dans ce début de la nouvelle année 2012.

Si nous voulons croire les affirmations des techniciens de l’usine Bodet, cette cloche rendra encore longtemps le service des heures et des cérémonies, puisqu’ils garantissent que les réparations et renforcements effectués teindrons pendant le double de temps que la refonte précédente. Mais ce sont seulement les générations futures qui pourront l’affirmer, car les habitants actuels du bourg et de la commune des Salles-Lavauguyon auront bien avant été salués solennellement, une dernière fois, par leur fidèle cloche.

02 novembre 2011

Redécouvrir la sculpture sur pierre : petit " rhombicuboctaèdre " ...

Le travail de sculpteur remonte à la nuit des temps, déjà nos lointains ancêtres des différentes époques préhistoriques s'étaient essayés à la taille de la pierre, leur réalisations se retrouvent principalement sur les parois des abris sous roches ou sur des blocs de calcaires proches de leur habitat.

Edouard dans l'atelier de La Haye
La sculpture en général fut sublimée pendant l'antiquité et les bâtisseurs romains, héritiers de nombreuses traditions issues du bassin méditerranéen, ont transmis leur savoir faire, au travers de leurs monuments, aux tailleurs de pierre du Moyen-âge, sans parler des artistes d'autres cultures et d'autres continents qui ont également atteint des prestations égales et quelques fois supérieures à celles de leurs homologues européens.

Bien que les pierres naturelles relativement dures, issues des gisements proches des monuments érigés sur le socle granitique Limousin, ne se soient pas prêtées au façonnage de sculptures élaborés, certains maîtres d'œuvre n'ont pas hésités à incorporer des blocs de calcaire dans l'architecture de leurs édifices.
Cette adaptation fut souvent utilisée afin de permettre la réalisation de frises ornées et de bas reliefs évocateurs de la vie des saints personnages, mis en exergue par la liturgie ou la tradition populaire limousine.

Essayer de comprendre les bâtisseurs et sculpteurs antiques, romans et gothiques, ne pouvait se faire sans aborder le sujet par une démarche personnelle, ni s'en s'employer à maîtriser l'art de l'utilisation des ciseaux et du maillet de sculpteur.

octaèdre chanfreiné
Si votre serviteur n'en est pas tout à fait à un coup d'essaie, force est de devoir admettre que ma dernière tentative remontait à longtemps, c'est pourquoi j'avais quelques appréhensions lorsque je décidais de reprendre mes outils de tailleur de pierre.
Voila maintenant trois années (je devrais dire saisons) consécutives, que je m'emploie dans mon temps libre à redécouvrir les gestes du sculpteur et du tailleur de pierre en particulier, bien que je me sois essayé entre temps à l'art du modelage.
La taille de la pierre est un enrichissement incroyable, c'est un peu comme si l'on revenait aux sources de l'expression artistique et architecturale !

ébauche du polyèdre
Je travaille actuellement sur ma troisième réalisation. Celle-ci est proche dans son esprit de l'art des bâtisseurs transmis par les compagnons sculpteurs, pendant tout le Moyen-âge et même par ceux de la Renaissance et d'expressions artistiques plus proches de nous, tel le cubisme.

L'idée fondamentale, ayant guidée l'élaboration de cette œuvre, fut celle de réaliser une figure géométrique rappelant les dodécaèdres utilisés de manière symbolique dans la sculpture et l'architecture.

Je suis parti d’un bloc de Pierre de Lens, qui est un calcaire oolithique miliaire formé il y a 115 millions d'années, au Crétacé inférieur, extrait d'une carrière de pierre proche de Nîmes dans le Gard, dont l’exploitation historique remonte à la période romaine.
Ce bloc de relativement grandes dimensions, puisqu'il formait à l'origine un parallélépipède rectangle de 40 cm sur 40 cm à sa base, haut de 60 cm, pesait aussi un poids respectable, dépassant les 200 Kg.

La Pierre de Lens a été utilisé pour des constructions et sculptures à Nîmes, Carcassonne, Montpellier, Perpignan, ainsi que pour beaucoup de monuments antiques du sud de l’hexagone.

l'ouvrage avance
J’ai finalement décidé de confectionner un petit rhombicuboctaèdre, c'est-à-dire un polyèdre convexe semi-régulier, fortement symétrique, composé de huit faces triangulaires, dix-huit faces carrées et 24 sommets identiques, avec un triangle et trois carrés s'y rencontrant, tel que l'on peut le voir dans une version imprimée de la Divine Proportion de Léonard de Vinci.

L'idée initiale était de poser cette figure géométrique sur un socle carré, auquel elle sera réunie par un petit pilastre, formant partie intégrante de l’œuvre, puisque sculpté dans un même bloc de pierre.

Le travail préparatoire à d'abord consisté à tracer l'ébauche qui est très vite apparue être une figure complexe. Ceci m'a permis de constater qu'il fallait rester modeste et que seuls les plus grands avaient réussi à dessiner ou réaliser ce type de figure géométrique à trois dimensions, aux prix d'un grand effort de précision.
découpe avant finition
Puis à commencer l'ouvrage consistant à faire sortir le polyèdre de sa gangue de pierre. Un travail de découpe avec une grande scie à pierre et à la taille de certaines parties avec les ciseaux à pierre ou burins et le maillet en bois ou en métal, complété par la finition réalisée avec la râpe et le rifloir à pierre.

Il faudra encore de nombreuses soirées de labeur intensif avant d'arriver à former l’œuvre finale, mais chaque étape de la sculpture en gestation mérite d'être observée et même méditée.

C'est pourquoi j'ai cru bon, en hommage aux sculpteurs du temps jadis, de vous faire partager l'excitation du modeste sculpteur que je suis, qui ne peux que s'essayer à imiter modestement ses pairs !

21 octobre 2011

L'énigme de la disparition du cloitre des Salles

Le samedi 27 août de cette année 2011, Frère Édouard des Salles avait invité les passionnées à une découverte nocturne des secrets de la prieurale et du prieuré des Salles-Lavauguyon, situé à l'ouest de Limousin dans l'ancienne paroisse des Salles.

Cet éminent monument, de même que ses annexes, ne livre ses mystères qu'avec parcimonie et il faut bien toute la perspicacité de votre serviteur, aidé de quelques amis et des documents d'archives pour découvrir les évènements cachés de son histoire.

L'une des ces énigmes est liée à l'histoire du cloitre aujourd'hui disparu.













Pendant très longtemps les architectes spécialistes des bâtiments historiques, les historiens locaux et la tradition populaire récente ont cru que sa destruction remontait à l'écroulement de la flèche du clocher au environ de l'an 1800, pourtant il s'avère qu'il n'en est rien et qu'il faut remonter beaucoup plus loin dans l'histoire pour en connaitre la cause, car celle-ci est directement lié à la Réforme religieuse introduite en France à l'époque de la Renaissance.

La plupart d'entre nous on entendu parler des Guerres de Religion, mais peu savent qu'elles furent la conséquence d'une grande crise religieuse qui au XVIème siècle vint ébranler l’unité de l’Eglise catholique.

Suite principalement à la propagation des idées du théologien allemand Martin Luther et du traité de Jean Calvin, homme de lettres et théologien français, des foyers de réforme théologique avaient fait leur apparition un peu partout en Europe occidentale.

Entre 1533 et 1535, Jean Calvin, l'un des principaux acteurs de la Réforme religieuse, qui était protégé par Marguerite d’Angoulême (la sœur du roi François Ier et l'épouse d’Henri II de Navarre), avait séjourné à plusieurs reprises à Angoulême et dans les alentours, où il rédigea la plus grande partie de son œuvre réformatrice "L’Institution Chrétienne" (cet ouvrage devait paraître en 1535 à Bâle).

Les adeptes de la réforme protestante sont mentionnés une première fois en 1533, sous le nom de "luthériens" dans la ville de Limoges même, mais les tentatives d’installer le Culte Réformé dans la capitale de la province de Limousin rencontrèrent une forte résistance de la part des Consuls et de l'Evêque.

Dans la province voisine de l'Angoumois les réformés se manifestèrent pour la première fois en 1545, dans la ville de La Rochefoucauld.

Contrairement au Limousin où la noblesse était réticente à accepter les nouvelles idées religieuses, il en fut tout autre en Angoumois et la conversion de quelques grands seigneurs, tel François III de La Rochefoucauld (qui fut assassiné le 24 août 1572, à Paris, lors du Massacre de la Saint-Barthélemy) ou Léonor Chabot, troisième baron de Jarnac (qui avait adhéré au protestantisme en 1561), fut accompagnée par celle d'une grande partie de la population de cette province.

Bien qu'ils n'aient pu former un foyer de la Réforme digne de ce nom à Limoges, les réformés limousins constituèrent une importante communauté protestante dans la Vicomté de Rochechouart, à l'ouest du Limousin et aux limites du Poitou, de l'Angoumois et du Périgord.

La Réforme protestante avait prit pied à Rochechouart vers 1558-1559 et elle y fit de rapides progrès, cela malgré l'opposition des seigneurs locaux demeurés catholiques.

Avec la proclamation de l’Édit de Nantes par le roi Henri IV en 1598, toutes les Églises protestantes connurent un important accroissement du nombre de fidèles.

La vicomté de Rochechouart comptait vers l'an 1600 au moins 1500 personnes de Religion Réformée, dont une forte communauté était située dans l'ancienne paroisse des Salles et la seigneurie de Lavauguyon.















Les familles protestantes étant devenue majoritaires dans la paroisse des Salles, les chanoines du prieuré furent apparemment contrains de quitter leur lieu de vie préalable et de se retirer dans une maison canoniale du bourg, dans laquelle ils purent continuer modestement la célébration du culte catholique.

Bien que l'on ne sache pas avec exactitude quel fut l'utilisation de l'ancienne église romane pendant ces années troublées, la propagation des idées de la Réforme eu des effets néfastes sur les bâtiments conventuels qui entouraient la prieurale des Salles.

La population locale, majoritairement protestante, ayant jugée superflu d'entretenir des bâtiments inutilisés, s'employa à démolir le cloitre et une partie des annexes du prieuré qui se trouvaient vraisemblablement dans un état de délabrement avancé.

Ceci nous est confirmé par un document établi en 1630 lors d'une tournée d'inspection ecclésiastique, conduite par l'abbé de l’abbaye de Chancelade en Périgord, Alain de Solminihac, qui s'était rendu au prieuré des Salles pour en évaluer l'état.




















L'inspecteur et son secrétaire reçurent des chanoines de la prieurale des Salles un témoignage bien troublant : " Enquis s’il se faisait des réparations, les religieux ont répondu qu’il s’en faisait à la maison du prieur. Sommes allés à l’église et l'avons trouvée mal pavée et assez bien vitrée. Sortant de l’église, sommes allés dans les cloîtres, lesquels avons trouvés tout à fait ruinés, et n’avons trouvé aucun vestige des lieux réguliers, fort d’un petit logis pour le prieur où il y a deux chambres, près lequel est un jardin, et joignant le dit jardin, est un petit étang. Nous étant enquis qui avait fait les dites ruines au prieuré, ont répondu que cela était du fait des habitants même du lieu qui étaient huguenots du temps des guerres civiles. "

Il ne reste plus aujourd'hui de ce cloitre que quelques corbeaux et solins en pierre, qui servaient autrefois à soutenir les poutres de la charpente et à protéger de la pluie la jonction de la couverture de l'ancien déambulatoire et des murs des bâtiments prieuraux.

Bien que la présence du cloitre soit incontestablement attestée sur les maçonneries du bas côté sud de l'église prieurale des Salles et sur une partie de la façade de l'ancien prieuré par la présence de ces quelques soutiens et protections en pierre, ceux-ci ne permettent toutefois pas de préciser si le cloitre d'origine constituait un quadrilatère ou s'il était seulement formé de deux côtés accolés aux bâtiments principaux, ceci reste donc la partie cachée de l'énigme que Frère Édouard et ses amis espèrent un jour pouvoir élucider...